Lettres de Jean    

 

 

Jean MARIDOR correspondait à un rythme très soutenu, avec les membres de sa famille et avec son "vieux" camarade Marceau. Il en était de même avec ses autres camarades. Par l'intermédiaire de tous ses interlocuteurs, il prenait régulièrement des nouvelles d'autres camarades ou d'autres personnes. Il correspondait également avec ses supérieurs. Malheureusement, je n'ai pas retrouvé d'autres lettres que celles écrites ci-après. Sa soeur possède un grand nombre de correspondances reçues de son frère, mais elles revêtent toutes un caractère personnel et n'ont pas à être dévoilées dans ces pages.

 

Les copies de certaines de ces lettres que Thérèse avaient reçu depuis de longues années de la mère de Claude BEASSE, sont d'assez mauvaise qualité et nous n'avons malheureusement pas pu "déchiffrer" certains mots à la place desquels j'ai mis des points d'interrogation. D'autres dont nous n'avons pas compris le sens sont écrits en bleu.

 

 

   

 

 

 

 

 

Lettre à Marceau du 24 septembre 1939

 

 

                                                                                                Le 24/9/39

                   Mon vieux Marceau,

                   Je profite de cette lettre pour te dire quelques mots. Aujourd'hui, je suis sorti de l'Ecole et la vie est belle. Comme tu as pu le savoir par mes parents, nous travaillons dur. Mais une chose me fait plaisir nous commençons les vols mardi prochain. Je ne vois pas autre chose à te dire, ou plutôt si, donnes moi de tes nouvelles, tu dois avoir le temps toi !

                    Tu souhaiteras bien le bonjour à tes parents ainsi qu'à Denise et reçois mes meilleures amitiés.

                                                                                 Jean

     Jean Maridor

           Elève Pilote

               Ecole d'Aviation d'Angers.  

 

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Lettre à Marceau du 26 octobre 1939

 

 

                                                                                                Le 26/10/39

                  

                                                                  Monsieur le Grand Ecrivassié

                                                                  Mon cher Marceau,

 

                               Je viens de recevoir ta lettre datée par hasard du 1er octobre. Je profite d'un moment de répit (ils sont rares) pour te répondre. Tu me dis que tu vas bientôt travailler en usine ; j'en suis content pour toi et te souhaite de gagner de l'argent pour te mettre en ménage. J'ai bien ri en recevant ta lettre mais bourrique je ne peux faire comme toi, c'est fini la loufoquerie j'ai bien autre chose à penser.

 

                               Je ne te parles pas de ma vie ici, tu la connais déjà par mes parents comme tu vois elle n'est pas toute rose. Fini le temps où l'on déambulai ensemble dans les Acacias. Et je te reconduis et tu me reconduis. Tu excuseras le décousu de ma lettre et ma mauvaise écriture, mais j'écris en vitesse et avec mes genoux pour table.

 

                               Au sujet des vols, je ne me plains pas trop j'ai maintenant presque 7H de vol évidemment ce n'est pas beaucoup mais il faut être philosophe.

                               J'ai reçu une lettre de l'Empire Bar et je compte sur toi et Roger pour aller leur dire bonjour de ma part. Je n'ai pas le temps de leur écrire et tu peux leur dire que je serais de recevoir de leurs nouvelles .

 

                               Tu iras voir Roger de ma part et tu lui communiqueras cette lettre. Ce cochon là cherche une petite copine me dis-tu ! Qu'a donc-t-il fait de Loulou ? Dis lui qu'il m'envoie de ses nouvelles. S'il veut une recette, qu'il mette donc un costume d'aviateur il sera vite emmer...

 

                               Tu souhaiteras le bonjour de ma part à tes parents et reçoit mon vieux Marceau l'expression de ma sincère amitié.

                                                                                    Jean

P.S.     Si tu vois Jean Lerouy dis lui bonjour de ma part. Tu devrais aller voir Thieulleu de ma part et lui exprimer toutes mes amitiés ; en ce moment je n'ai toujours pas le temps d'écrire et je le ferais sitôt que je pourrais.

Envoie-moi ta photo, celle de Roger et de tous les copains que tu trouveras ainsi que celles de l'Empire Bar. Cela me fera revivre mon ancienne vie.

                                                                                    Merci

                                                                                           Jean

 

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Lettre à Marceau du 11 janvier 1940

 

 

                                                                                                Angers, le 11/1/40

                                       Mon vieux Marceau,

                                      Tu as du avoir de mes nouvelles par mes parents. Comme ils t'ont dit je dois partir d'Angers le plus tôt possible. Si je vais dans la chasse je resterais en France, mais si je suis versé dans le bombardement, j'irais au Maroc.

 

                                      J'ai commencé mon brevet depuis hier ; j'ai fait une heure à 2000m., une prise de terrain à 1500m. et des huits. Il ne me reste plus que les voyages à faire mais aujourd'hui il y a un vent de tonnerre. Hier j'ai fait aussi la double acrobatie sur 290. Je t'assure que je me suis payé des vrilles, tonneaux, retournements ; c'était épatant je trouve ça merveilleux et facile à faire.

 

                                     Je n'ai pas besoin de te dire que j'espère aller dans la chasse et mon opinion se confirme que nous serons au front fin avril. Là ce sera la grande danse.

 

                                     Tu souhaiteras le bonjour à tes parents. Je termine car je vais manger à l'instant.

 

                                     Mon vieux Marceau, reçois mes meilleures poignées de main.

 

                                                                                 Jean

 

 

P.S.         Bonjour à tous les copains et éventuellement aux copines si tu en rencontres mais pas de blagues ne leur donne pas mon adresse.

                Tu passeras prendre à la gare le colis de ma haute considération et de mon amitié indestructible, indéfectible et légendaire.

                 Sur ce je salue les hommes valeureux qui nettoient les ruisseaux sinueux de la pensée humaine.

                 (phrase prise dans le Larousse illustré sur la manière de faire la cuisine avec des tiges de couss-couss granuleux ?)

 

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Lettre à Marceau du 27 janvier 1940

 

 

                                                                                          Angers, le 27 janvier 1940

                                       Mon cher Marceau,

                                      Boum c'est encore moi ! Aujourd'hui c'est à un coup de froid que tu dois cette lettre. Depuis quelques jours j'étais légèrement souffrant et aujourd'hui je suis obligé d'aller voir le docteur. Ne racontes pas ça chez moi surtout car je n'ai rien dit à mes parents.

 

                                       En ce moment je voles toujours sur Morane 230. Le temps n'étant pas beau nous ne volons pas beaucoup et il me reste encore 6 heures de vol à faire avant mon départ de l'école. Dimanche dernier j'ai failli me casser la figure fin comme du sel. J'ai eu la carafe au décollage avec un Morane 230 ; j'ai réussi à me reposer sans casse mais les copains ont eu peur. Ne parles pas de celà non plus à mes parents.

 

                                        Nous n'avons plus de cours et en dehors des vols nous n'avons plus rien à faire. Je t'assure que je me barbe à cent sous de l'heure. Je ne me rappelle plus si je t'en ai parlé dans ma dernière lettre mais je suis à peu près sûr maintenant d'être affecté dans la chasse.

 

                                        A part ça tu n'es qu'un salopard. J'attends toujours une lettre de toi et elle ne vient pas vite. Je compte bien recevoir une lettre de toi avant mon départ de l'école. Aussitôt reçue cette lettre tu me répondras il sera encore temps car après je ne serais plus à Angers.

 

                                        Hier j'ai écrit à Roger, j'espère qu'il me répondra ; si tu le vois dis lui que je compte sur sa réponse rapide.

 

                                        Tu souhaiteras le bonjour à tes parents ainsi qu'à Denise.

 

                                        Dans l'attente de ta réponse je t'envoie mes plus cordiales poignées de main.

                                                                               Jean

P.S.    J'attends toujours les photos du terrain, des copains que je t'avais demandées. Tu dois bien en avoir dans ta collection.

 

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Lettre à Marceau du 13 février 1940

 

 

                                                                                          Angers, le 13/2/40

                                       Mon cher Marceau,

                                      Boum c'est encore moi ! Je me fais tellement suer que j'en profite pour t'inonder de correspondance. Je suis sorti de l'infirmerie, ma grippe est guérie. Il ne me reste plus que 50 minutes de vol à faire et je me barbe en attendant le départ qui ne vient pas.

 

                                       D'abord quelques précisions au sujet des photos. Je voudrais que tu m'envoie quelques photos de terrain et quelques unes que nous avons prises ensemble. Celà me ferais bien plaisir je t'assure.

 

                                       En ce moment j'ai sous les yeux une fenêtre. Elle est fermée. Si je voulais elle serait ouverte mais comme je n'ai aucune volonté elle est fermée. Tu comprends le tragique de la situation. J'en suis bouleversé en même temps qu'assis pour écrire.

 

                                       Connais-tu le dernier air en vogue ? Non ! Moi non plus. C'est bien dommage car il n'est pas encore paru. Ne souris pas car tu va perdre ton ratelier et celà m'attirerai des ennuis diplomatiques. Ah et puis tu me fais suer ! Je me tue à trouver des mots et à écrire des pensées que je voudrais gaies alors qu'elles sont morbides. j'en ai marre et ça va changer ! Mille tromblans ! Saches bien que tes pensées idoines glissent avec rapidité sur la pente savonnée de mon indifférence non affectée.

 

                                        Tu souhaiteras le bonjour à tes parents de ma part.

 

                                         Je t'envoie mes plus cordiales poignées de main. (Tu me les renverras car par ces temps de vie chère, elles peuvent toujours resservir)

 

                                                                               Jean

 

P.S.    Tout ; Rien ; beaucoup. Très peu.

           Réfléchis bien et répond moi vite.

 

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Lettre à Marceau du 15 février 1940

 

 

                                                                                          Angers, le 15/2/40

                                       Mon cher Marceau,

                                      C'est encore moi, vois-tu. Tu te rends compte ce que je peux me faire suer ; me voilà transformé en machine à écrire. A part ça j'ai encore failli me casser la g...... fin comme du sel. Hier j'ai volé sur Morane 230. J'avais un zinc qui n'était pas assez chaud ; en tout cas j'ai décollé avec 450 tours de moins, une paille j'avais tout juste le régime pour la ligne de vol. En bout du terrain il y a un talus du chemin de fer je t'assure qu'il était temps. Les copains m'ont vu le sauter de justesse en faisant des paf-paf et disparaître aussitôt derrière. J'ai fait un tour de terrain en rase-motte forcé et je me suis posé aussitôt après une glissade. Enfin ça c'est bien passé et je t'assure que si moi je rigolais en attendant l'arrêt du moteur et en cherchant un décor confortable, il y avait des copains qui n'en menaient pas large sur le terrain. Ils en faisaient des bouilles lorsque je suis revenu. Décidément, j'ai la spécialité des carafes au décollage !

 

                                       Enfin j'ai terminé mes heures de vol à l'école d'Angers et je n'ai plus qu'à attendre le départ.

 

                                       Souhaites le bonjour à tes parents et à ta grand-mère, et présente mes hommages à Denise.

 

                                       Mon vieux Marceau, veuilles bien recevoir mes meilleures amitiés.

 

                                                                               Jean

 

P.S.    Pas un mot chez moi de mon histoire.

          Donnes-moi l'adresse de Monsieur Molon.

          Je vais peut-être venir en 24 heures Dimanche mais surtout ne dis rien chez moi car il n'y a rien de sur. Passes chez moi samedi soir tu le sauras. Je te recommande de ne rien dire à mes parents car ils se feraient des illusions.

         

 

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Lettre à Marceau du 21 février 1940

 

 

                                                                                          Angers, le 21/2/40

                                       Mon cher Marceau,

                                      Malgré ce que nous nous étions dit, c'est moi qui t'écris le premier. J'ai passé le lundi après-midi à Paris. Je me suis trouvé dans le train avec Michel Deppes. Nous avons mangé ensemble à Paris Lundi soir. 

                                  

                                       A ma rentrée à l'école j'ai eu une bien mauvaise surprise. Après le banquet il y a des copains qui ont fait du scandale en ville. Des gens sont venus se plaindre à l'école. Résultat : Toute la promotion est consignée. Nous prenons la garde pendant 12 H ou 24 H. Cette nuit j'étais sous-chef de poste aux Hangars ; je t'assure que je me suis payé des kilomètres de ronde. Dans la journée nous faisons toutes les corvées et lorsque tu es de garde la nuit celà ne t'empêche pas de travailler comme les autres le jour. Nous sommes tous crevés. Celà doit durer 1 mois à moins que nous partions avant.

 

                                        Autre nouvelle moins mauvaise : je suis nommé caporal-chef au titre du personnel navigant pilote. Comme tu vois nos nominations sont quand mêmes arrivées.

 

                                        Je t'assure que c'est tout un travail pour trouver un moment pour écrire.

 

                                        Tu souhaiteras le bonjour à tes parents, ta grand-mère et à Denise.

 

                                        Je termine en t'envoyant mes plus cordiales poignées de main.

 

 

                                                                                                    Jean

 

         

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Lettre à Marceau du 27 février 1940

 

 

                                                                                          Angers, le 27/2/40

                                       Mon cher Marceau,

                                     J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer. 1°/ Je suis accepté dans la chasse avec le N°1.  2°/ Je suis le "major" de la promotion c'est à dire que je sors premier au classement général. Juge ma tristesse devant de pareilles choses. Je suis foutu je ne pourrais jamais descendre un boche et je me ferais fusiller heu ! heu ! heu ! Assez de blagues le vie est belle. Nous prenons toujours la garde mais nous ne faisons plus de corvées ; le pire c'est que nous n'avons pas le droit de sortir. Nous n'allons certainement par tarder à partir d'ici mais je ne sais quand et où nous irons. D'ailleurs je m'en f... pourvu que j'aille dans la chasse.

 

                                      A part ça tu n'es qu'un salopard. J'attends toujours une lettre de toi et bernique elle doit venir en trotinette à ressorts. Dépêche toi de répondre à cette lettre afin que je puisse avoir de tes nouvelles avant mon départ d'Angers.

 

                                      Ah ! et puis tu me rases. Je m'esquinte à bleuir ce pauvre papier qui ne demandait qu'à rester blanc ; c'est quand même terrible.

 

                                      Tu souhaiteras le bonjour à tes parents, à ta grand-mère, ainsi qu'à Denise.

 

                                       Je termine en t'envoyant

                                      

 

                                                                                            Jean

 

         

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Lettre à Marceau du 4 avril 1940

 

 

                                                                                          Etampes, le 4 avril 1940

                                       Mon vieux Marceau,

                                     Je t'écris cette lettre en grande vitesse car tu sais nous avons un boulot fou. Toute la journée nous sommes en cours après avoir commencé par une heure et demie de culture physique.

 

                                      Nous ne volerons pas avant le 15 avril et encore il ne faudra pas se plaindre. En arrivant je croyais trouver Borie et Le Bihan, mais ils ne sont pas encore arrivés. J'attends de tes nouvelles. Je ne sais pas si j'aurais le temps d'écrire à Roger dis lui bonjour de ma part.

 

                                      Souhaite le bonjour à tes parents à ta grand-mère et à Denise.

 

                                      Veuilles bien recevoir mes plus cordiales poignées de mains.

 

                                      

                                                                                            Jean

 

 

P.S.     Tu peux t'entraîner à la boxe pour la prochaine permission car avec le sport que nous faisons nous allons tous devenir redoutables.

 

         

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Lettre à Marceau vers mi-avril 1940

 

 

                                                                                          Etampes, ??? (vers mi avril)

                                       Ma vieille panoplie,

                                     Je profite en douce d'un instant libre par hasard pour t'envoyer des nouvelles d'un certain Jean Maridor. Son coefficient de sécurité augmentait en proportion de la période de beau temps qui sévissait. Cet état atmosphérique lui a permis de se promener 2 heures dans les airs en compagnie d'un moniteur tous les deux perchés sur une poutre en treillis appelée communément avion.

 

                                     La pompe rotative de mes idées ne fonctionne pas mal en ce moment. Et toi j'espère que tu continue à nager dans un tourbillon de pantoufles à percuteur central. En ce moment le ciel nous regarde d'un oeil morne et nous inonde d'une pluie saturée d'humidité.

 

                                      Veuilles bien recevoir la quadrantale de mon amitié ainsi que mes oreilles.

                                                                          

                                                                                            Lui

 

P.S.     (çà veut dire : Pensées supplémentaires)

   Les pantoufles chantaient dans l'azur jamélique

   Au rythme entrelardé des mâles abricots

   Et les homards volant alentours des portiques

   Afin de mieux y voir retiraient leurs tricots

   C'est alors qu'apparut un oncle d'Amérique

   L'oeil vélocipédique et rempli d'asticots

   Les poches de gilet pleines d'os de gigot

   Portant sur un plat d'or des bémols arthritiques

   Tandis qu'il montait mixte à l'impériale

   Le baromètre en pleurs a contracté la gale

   Et passe subite de la vie à trépas

   Les péritoines bleus s'enfuyaient en déroute

   Et le pétrole assis sur le bord de la route

   Regardait d'un oeil larve et ne comprenait pas.

 

         

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Lettre à Biby (Jean REVEILHAC ?) du 16 août 1941

 

 

                   16/8/41

                   Mon vieux Biby,

                   Je suis heureux de pouvoir t'envoyer un télégramme que j'ai reçu à ton sujet. Mon petit pote tu ne te doutais pas que la lettre que tu me renvoyais étais destinée pour toi. J'espère que tu seras heureux de recevoir des nouvelles de tes parents. Comme ma cousine dit : les lettres suivent. On les auras sans doute dans un mois ou peut-être deux. Je ne t'en écris pas beaucoup plus long car je n'ai pas le temps. J'ai presque fini ici il ne me reste que 6 heures à faire. J'espère être en escadrille d'ici quinze jours. Meilleures amitiés à Roland et Porto. Bonjour à tous les copains.

  

                   Je t'en serre cinq bien cordialement.  

                                      Jean

  P.S. Envoie moi l'adresse de Maurice, je voudrais aller le voir en sortant d'ici.  

 

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Lettre à Claude BEASSE et à Roland LEBLOND du 22 septembre 1941

 

 

                   MANSTON, le 22/9/41

   

                   Mes vieux potes,

                   J'adresse les bafouilles à toi aujourd'hui mon vieux Bidouille. Tu les passeras à Roland, Porto et les copains. Je ne suis plus à Valley. Le Squadron a changé de base depuis 10 jours. Nous sommes maintenant à Manston qui est sur la côte Sud/Est tout près de Ramsgate. C'est vraiment épatant car nous sommes en première ligne. Nous avons un boulot très spécial, attaques de "flak ship". Je vous avoue c'est plutôt casse gueule car ces salauds ont une de ces D.C.A. ; lorsque tu attaques, tu as l'impression de piquer dans un enfer dont tu ne sortiras pas vivant. En plus de cela, ces salauds de Messer te piquent dessus et te mitraillent. Tu dois les ignorer et lorsque tu as fini avec les ships, tu n'as plus de munitions alors ça barde ! Rentrée en rase flotte et en zig zag avec les Messer au cul. En somme, c'est un boulot absolument au poil. Je ne pouvais avoir mieux, malheureusement. tu n'as pas beaucoup l'occasion de descendre de taxis mais tu tires des boches en pagaille et ce n'est pas rare d'envoyer un bateau au fond. Evidemment cela ne va pas sans perte mais ce serait vraiment trop de chance que tout le monde passe au travers. Je suis allé à Dunkerque et Ostende au cours de reco. Pas vu grand chose à part la D.C.A. dont il faut vraiment se méfier. J'ai eu vraiment un drôle de pot de venir ici car avant de partir de Valley le CO a viré tous les jeunes y compris ceux qui étaient dans le Squadron par paquets de 2 et 2 mois ½. Mailfert et Coignard ont été laissés derrière et moi, avec mon pot habituel je suis parti avec le Squadron. J'étais drôlement heureux comme vous pouvez penser. Excusez l'écriture et la rédaction de cette lettre mais je suis en readines au dispersal et ce n'est pas facile d'écrire ici. Avec nous sont Cpt de Scitivaux, Dupérier, Sgt Labouchère et naturellement Mouchotte.

 

                   Ecrivez-moi vite l'un de vous trois ou tous les trois comme vous pouvez voir je ne suis pas long à répondre ayant reçu votre lettre ce matin. Souhaitez bien le bonjour à tous les copains ici et dites leur que la vie en escadrille est vraiment épatante. J'essaierais de venir vous voir le premier jour où ce sera possible. Pour cela il faut que j'ai un taxi car c'est trop long par le train.

 

                   Meilleures poignées de mains

                                      Jean

 Sgt Maridor J.

Sergeant's mess

R.A.F. Manston

            (Kent)

 

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Lettre à plusieurs camarades du 6 octobre 1941

 

 

                                      Manston le 6/10/41

 

Jean MARIDOR

RAF Manston

        Kent

 

                   Mes vieux potes,

                   Alors quoi rien à faire ? j'attends toujours votre réponse. Je serais quand même heureux de savoir ce que vous devenez. Pour ma part ça gaze au poil. Je commence à faire de la casse à tuer ces salauds de boches. La semaine dernière mercredi, nous avons attaqués 8 E boats au large de Dieppe. J'ai été veinard j'en ai foutu un en feu et il a certainement dû aller au fond. Par exemple j'ai bien failli me faire descendre. J'étais resté le dernier au-dessus de ces salauds et j'ai eu droit à tout le tir des bateaux et des batteries côtières. Je vous garanti que ça bardait. Les copains qui m'ont vu pensaient ne jamais me revoir, il paraît que j'étais environné de feu manque de pot, on ne descend pas un mec de la patrouille comme cela. A mon grand étonnement n'avait même pas encaissé une balle ou un obus. J'aurais voulu que vous voyez la bille des copains lorsqu'ils m'ont vu revenir de l'enfer comme ils disent. Bon, vendredi nous avons attaqués un convoi près de Dunkerque. Comme toujours, j'avais mes quatre canons je préfère cela aux mitrailleuses c'est moins maniable mais plus effectif. Je choisi un petit flak ship qui me tire dessus comme un salaud. Ah mes amis quel feu d'artifice il a juste explosé devant moi. C'était moi le plus empoisonné pour ne pas être entraîné dans l'explosion. J'aime autant vous dire qu'il n'a pas été long à couler. Vous avez certainement du entendre parler de ces deux trucs dans les journaux. Comme vous voyez, j'ai un pot du tonnerre. Je suis très sorry mais je crois que je vais être nommé officier le CO ayant fait une proposition, je ne sais pas ce que ça va donner. Comme vous pensez, je m'en fous complètement et laisse courir. Malgré tout je suis drôlement "dans les papiers" et je crois être nommé d'ici un mois.

                    Et vous que devenez vous bande de vaches ! Vous me laissez royalement tomber. Vous pourriez quand même m'envoyer une bafouille. Roland tu dois avoir fini maintenant et Porto. Toi Bidouille tu en as encore pour quelque temps. Dites bonjour à tous les copains je serais heureux de les revoir mais il n'y a pas moyen d'avoir un taxi toujours des trous à réparer sans compter ceux qui sont définitivement réparés.

 

                   Bon j'en ai marre si vous avez l'adresse de GAINE* envoyez la moi.

 

                   Je vous en serre cinq et écrivez.

                                      Jean

P.S. J'ai dégotté une de ces filles absolument au poil et ça gaze.

 

* voir lettre du 30 octobre 1941

 

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Lettre à Claude BEASSE du 30 octobre 1941

 

 

                                     

 

                           30/10/1941

 

Jean MARIDOR

RAF Manston

         Kent

 

                   Mon vieux petit pote,

                   Moi aussi je dois m'excuser pour ma fainéantise. J'espère que tu ne seras pas si long pour me répondre. Je suis honteux lorsque je vois la date de ta bafouille 12 oct.

 

                   Bon j'ai quelques nouvelles à mon sujet. Je suis un salop je casse tout. Je te présente mon score officiel tout à fait en douce : 1 E boat en feu, 1 flak ship coulé, 1 bateau damaged et un Heinkel 59 descendu avec le cpt de Scitivaux. J'ai eu le Heinkel (hydravion bimoteur) le 11 octobre. Comme tu vois, j'ai un drôle de pot j'espère que ça continuera. A propos de ma nomination, je suis dans la promotion de Décembre officiellement. Mais tu vas rigoler mais garde çà pour toi. Scitivaux m'a dit que j'étais proposé pour la croix de guerre !! Je ne sais ce que çà va donner, mais si je l'ai, ce sera pour la patrouille. Les pauvres imbéciles élèves pilotes d'Odiham étaient quand même bons à quelque chose. Bande de salauds de nous avoir laissé un an à rien foutre. Si seulement nous étions tous ensemble ils entendraient parler de nous.

 

                   Je m'aperçois que je ne parle que de moi si cela continue vous allez m'appeler Sacha Guitry n°2. Je t'envoie cette bafouille à toi car je ne crois pas que Roland est toujours là. S'il est là, elle s'adresse aussi bien à lui. C'est un salop il pourrait quand même écrire quelques mots. Et pan dans les dents Roland !!!

 

                   Je voudrais bien vous revoir tous je me fais chier tout seul dans mon coin. J'ai reçu une lettre de Gaine il est au 54 squadron.

 

                   Et toi que deviens-tu ? Tu as eu la poisse pour ton premier tour en Hurricane. J'espère que tu es réconcilié avec la voiture maintenant.

 

                   Bon j'attends de nouvelles avec impatience. Bonjour à tous les copains. Où sont de Saxée, Rousselot, Andrieux ? A propos de ce que j'écris pour Roland la même chose pour Porto.

 

                   Meilleurs amitiés mes vieux potes et j'espère à bientôt.

                                      Jean

 

(en illustration un dessin dédicacé pour la patrouille.)

De Yves Morieult :

 

GAINE Pierre a été admis au 59 OTU le 10.08.41.


Affecté au 135 Squadron le 25 septembre 1941.


Après 18 jours, il passe au 54 Squadron le 14